L’happycratie, ou la tyrannie du bonheur – Episode 1
Oct 23

L’happycratie, ou la tyrannie du bonheur – Episode 1

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Le bonheur, vaste notion à la définition pourtant floue, a envahi notre quotidien, et figure en tête des préoccupations contemporaines : l’ONU, en a même consacré une Journée Internationale, le 20 Mars ! Dans leur ouvrage « Happycratie, comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies », Eva Illouz sociologue et Edgar Cabanas psychologue, dressent un portrait cinglant de la quête obsessionnelle du bonheur. L’happycratie* révèle un phénomène tout autant captivant qu’inquiétant, issu de la psychologie positive américaine, ou l’art de la destruction de tout sentiment négatif. Les auteurs dénoncent l’injonction qui nous est faite d’être heureux à tout prix, et font le constat critique de la mise en place d’une dictature de l’optimisme dont nous devenons les esclaves. Cette tyrannie du bonheur culpabilisante implique que chaque individu soit parfaitement responsable, autonome, et résilient avec pour seul objectif l’amélioration perpétuelle de soi.

Dans un contexte sociétal incertain et anxiogène, le marché juteux du bien-être est en plein essor, et l’industrie du bonheur brasse des milliards d’euros**. Il n’y a qu’à voir le nombre effrayant de livres, formations, ateliers de coaching et de développement personnel ayant fait leur apparition dernièrement, détenant tous la recette secrète du bonheur. Naguère, une affaire de philosophie et de spiritualité, le bonheur est aujourd’hui tombé entre les mains de néo-gourous, capables de définir et mesurer un modèle de bonheur artificialisé. Il suffirait d’appliquer les techniques et méthodes de ces nouveaux experts du bonheur, pour l’atteindre ; finalement il en faut peu pour être heureux...

*Kratia en grec, c’est le pouvoir. L’happycratie, c’est le pouvoir par l’injonction au bonheur, résume Eva Illouz.

**L’INSEE estime que l’ensemble de l’activité liée au bien-être, concerne 288 465 entreprises, 542 846 salariés pour un revenu de 37,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires.