L’happycratie, ou la tyrannie du bonheur – Episode 2 : état des lieux
Oct 29

L’happycratie, ou la tyrannie du bonheur – Episode 2 : état des lieux

priscilla-du-preez-623040-unsplash
Quand l’happycratie toque à la porte de l’entreprise

L’happycratie (1) semble infiltrer toutes les sphères de la société, et voir les entreprises s’emparer de cette tendance ne surprend plus personne. Si le bonheur se cultive et qu’on peut en faire un outil de management (de marketing surtout), certains n’hésitent pas à le mettre au sein d’une logique de productivité ultra rationnelle. Une des thèses principales de l’ouvrage d’Eva Illouz et d’Edgar Cabanas voit l’happycratie comme une réponse aux nouvelles exigences du monde du travail, influençant (voire imposant) de nouvelles pratiques managériales. Mais dans cette course effrénée vers la meilleure place du classement « où il fait bon vivre au travail », il apparaît important de démêler la bienveillance de l’arnaque.

Alors, qu’en est-il exactement de cette injonction au bonheur dans le monde du travail ?

Le baby-foot washing

Vous l’avez sûrement remarqué, baby-foot, table de ping-pong, kicker, et autres jeux de fléchettes ont envahi nos bureaux… Difficile de ne pas se sentir « comme à la maison » quand les bières attendent au frais dans le frigo… Les entreprises semblent mettre un point d’honneur à l’esthétisme de leurs locaux : rien n’est laissé au hasard, tout doit être parfait, coloré, ludique, feng shui, mais surtout, instagrammable.

Mais confortablement installé dans un canapé à grignoter des encas bio fraîchement livrés du matin, les heures défilent sans compter, et la frontière entre le vie pro et la vie perso s’amenuise petit à petit, pour finalement disparaître… Ce n’est pas grave, les salariés travaillent généralement tous pour un projet commun : révolutionner le monde, et ça, ça n’a pas prix.

Mais le bonheur au travail ne réside-t-il pas notamment dans l’équilibre de nos vies, et la compréhension de ses enjeux ? La ludification (selon l’anglicisme, gamification) de nos espaces de travail semble remettre en doute cette théorie...

La coolitude des startups

Mathilde Ramadier, jeune Française expatriée à Berlin, et auteure du livre, « Bienvenue dans le nouveau monde », sous-titré, « Comment j’ai survécu à la coolitude des startups », revient sur ses expériences au sein de startups berlinoises, toutes plus « cool » les unes que les autres. Dans cet ouvrage, Mathilde Ramadier, se demande si cette coolitude de la startupsphère qui fait tant rêver les jeunes diplômés, ne masquerait pas finalement une grande précarité, où concurrence impitoyable et surveillance à la Big Brother, seraient les règles du jeu d’un « capitalisme sauvage ».

Selon elle, l’infantilisation des salariés par la sur-utilisation de smileys et d’une novlangue parsemée d’anglicismes, ne ferait que cacher des pratiques managériales douteuses : précarité sociale, salaires ridicules, périodes d’essai à rallonge, heures sup’ rarement comptées… bref, une sorte de « prolétariat, nouvelle génération ».

Précarité sociale mais également intellectuelle, car si les startups se targuent d’être à la pointe de l’innovation, certains salariés déchantent. « Impressionné par l’affiche « Innovate or Die » sur les murs de l’open-space, Sébastien comprend maintenant que c’est tout l’inverse qui est pratiqué en interne puisqu’on ne manque pas de lui rappeler que tout doit être exactement comme chez les concurrents. Ses propositions d’amélioration, sont, à sa grande surprise, systématiquement rejetées. » (2)

Ce sera tout pour le moment, la suite dans quelques jours. En attendant, vous pouvez faire comme Pauline et appeler le monde pour lui demander s'il va bien.

Pauline - Allo Le Monde